Biographie

© Yann Orhan

Marc Aymon, D’une seule bouche

Marc Aymon n’aime rien moins que les défis, les confrontations, la mise en danger. Sa dernière aventure, datée de 2012, l’avait vu respirer les parfums de l’Ouest américain durant un périple états-unien de trois mois. Il s’y était frotté à des instrumentistes de renom ayant oeuvré avec Neil Young, BB King ou Johnny Cash pour ramener quelques belles ballades blues-rock mélancoliques. Près de trois ans et quelque 150 concerts plus tard, changement radical d’horizon et cap sur la Bretagne, où l’air marin a inspiré à Marc Aymon un répertoire pop des plus aériens et oxygénants.

Quatrième album en neuf ans du chanteur romand, D’une seule bouche a le souffle léger d’une plénitude enfin trouvée. Douze chansons qui affichent une solide identité grâce à une subtile unité de tons, de tonalités, de sons. Une délicatesse incarnée tant dans l’écriture économe que les compositions fluides et les arrangements élégants.

Cette renaissance de Marc Aymon est passée par une concession volontaire, un conscient abandon. En confiant la plume à l’auteur et chanteur français Alexandre Varlet, dont l’esprit se situe plutôt dans une lignée entre Dylan et Bashung, Aymon fait le pari d’un changement de fond, pour se renouveler et continuellement s’étonner. Une prise de risque en forme de preuve d’humilité qui lui permet de se concentrer sur la forme et d’effacer les maniérismes passés qui le voyaient trop souvent sous influence d’une certaine variété française. En classieux pygmalion, Varlet choisit de « lui faire dire des choses plus graves, celles d’un homme avec ses peurs, ses doutes, ses joies et sa sincérité ». Histoire de le faire entrer de plein pieds dans l’âge adulte en somme.


Entre la maison d’Alexandre Varlet dans la région de Saint-Malo et la bâtisse de maître du 19e siècle qui abrite le fameux Studio de La Frette en périphérie de Paris, D’une seule bouche prend donc rapidement ses contours pop grâce à une succession d’inflexions textuelles et d’impulsions musicales. D’autant qu’Aymon, en rassembleur et chef d’orchestre aguerris, fédère Stéphane Reynaud à la batterie et Fred Jimenez à la basse (ex-section rythmique de Jean-Louis Murat), Alexis Asnérilles aux claviers et au piano (Etienne Daho ou Lou Doillon) et Thomas Semence aux guitares électriques (Karen Ann, Jean-Louis Aubert), en sus de Varlet aux guitares acoustiques. Des sessions live, des prises sur le vif permettent des sonorités sans patine ni vernis où priment l’authenticité et l’émotion et dont le mixage de Yann Arnaud (Air ou Phoenix) parvient à extraire tous les raffinements. Jusqu’à garder le souffle des respirations ou le bois d’une vieille guitare qui craquèle.

La complicité qu’ont trouvé Marc Aymon et Alexandre Varlet tient de la synergie. Entre mots clairs et mélodies lumineuses, D’une seule bouche avale humeurs, paysages et états d’âme avec une même sensibilité et fluidité pop. Entre tendresse et allégresse, volontarisme et fatalisme, douleur et gravité se distinguent ici des titres comme « À ton courage », « La force sous ton capot » avec ses airs de Tom Petty, « Tu mets la barre haut » ou « Peut-être toi ». Et la voix de Marc Aymon de s’y façonner une magnifique signature déliée. Une identité.

Olivier Horner