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UN ADULTE AU PRINTEMPS
NOUVELLISTE, 26 MARS 2009


Riche d'expériences et de rencontres, Marc Aymon revient avec un nouvel album, «Un amandier en hiver». A voir et à entendre au Théâtre Interface ce week-end.

«L'astronaute» avait fait décoller le Valaisan pour des voyages musicaux en Suisse romande, en France, Belgique et Canada sur des scènes prestigieuses comme les Francomanias, le Paléo ou le Caprices. Marc Aymon revient avec un nouvel album «Un amandier en hiver» enregistré à Paris avec Frédéric Jaillard aux commandes qui a, entre autres produit l'album de Thomas Dutronc «Comme un manouche sans guitare». De rencontres en rencontres, d'étapes en étapes, Marc Aymon grandit et confirme un talent de mélodiste et de chanteur.

Trois ans après «L'Astronaute» ce nouvel album a eu le temps de mûrir.Comment est-il né?

Le disque a germé pendant un mois à Saint-Saphorin sur la Riviera vaudoise. Il fallait un lieu, une vieille bâtisse pour écrire de nouvelles chansons. Il y a eu de petites idées, mais rien n'est venu. Si ce n'est l'envie d'aller vers les gens, vers les vignerons, les gens des bistrots. J'ai besoin d'être entouré... Et le jour où j'ai
quitté Saint-Saphorin les textes sont venus, j'avais eu besoin de vivre pour les écrire. La voix est venue aussi, plus basse, celle d'un homme, avec le plaisir de sentir une vibration.

N'avez-vous pas eu peur de perdre l'inspiration?


On l'a et on la perd en continu. J'étais arrivé à un stade où je n'osais même plus écrire. Mais il y a eu plein de regards tendres qui disaient «vas-y». La chanson «Va vers ce que tu aimes» parle de ça. C'est une phrase un peu bateau mais pas si anodine finalement car ce n'est pas facile d'oser aller vers ses envies. Il faut juste essayer de se dire «j'essaie et je fais».

Cet album a été enregistré à Paris. Pourquoi?

Partir à Paris a été un concours de circonstance. Je jouais à Montauban dans un festival. Après mon concert j'ai vu un guitariste, Frédéric Jaillard, qui jouait sur une Gibson 67 et accompagnait admirablement une chanteuse. J'ai discuté un moment avec lui. Il m'a dit réaliser des disques dont celui de Thomas Dutronc. Je suis donc monté à Paris pour lui faire écouter mes chansons. Il a travaillé sur deux titres en a fait les arrangements de manière très boisée car il est guitariste. Cétait un travail d'orfèvre avec une minutie sur les détails. C'est la première fois que je travaillais avec un regard extérieur qui me dirigeait. J'ai dû m'aligner mais ce n'était pas difficile. Je me suis laissé faire. Ces arrangements m'ont surpris et plu en même temps.

C'est un disque où les guitares sont mises en avant...

Dans son studio, il y avait une quinzaine de guitares d'anthologie, des strat qui appartenaient à Jacques Dutronc, de vieilles Gibson. J'ai aimé les jouer, sentir leur âme, leur âge. Frédéric Jaillard m'a conduit vers la simplicité. C'est un pas en avant pour moi. J'avais tendance à me cacher derrière la musique. Lui a privilégié l'espace, avec des titres où il n'y a que moi et la guitare... Je me rends compte que les grands musiciens sont les gens les plus à l'écoute de qui tu es et qui nourrissent ton univers, ta chanson.

Quelle est l'évolution pour vous entre «L'astronaute» et «Un amandier en hiver»?

«L'astronaute» était un disque adolescent, maintenant je suis dans la planète adulte. Paradoxalement, plus j'avance et plus j'ai l'impression de rajeunir en faisant confiance à mon instinct. Lui me fait de merveilleux cadeaux, des rencontres... Ce disque est moins amusant que «L'astronaute» mais je le sens plus puissant. Il m'a donné confiance même si je me méfie d'avoir confiance, car si tu en as trop, tu t'endors. Je suis fier pour la première fois de ma vie.

Vous dites que c'est un disque de rencontre...

Je suis surtout attiré par la fibre humaine. Quand j'étais petit je disais «bonjour!» à tout le monde dans la rue. A Paris quand tu le fais tu passes pour un dingue. Mais j'aime ça. «Adolescent» part d'un texte que Patrick Fellay de Charlotte Parfois m'a offert, «Le coup
parfait» est un duo avec Mr Roux rencontré lors de la tournée au Québec, «Ne meurs jamais» une rencontre avec un chanteur chilien. Seul à Paris, j'ai eu besoin d'aller vers les gens aussi. J'ai rencontré Frank Margerin, mon héros en bande dessinée. Je lui faisais écouter mes chansons, lui demandais son avis. Il chante aussi sur un titre. C'est un rêve réalisé.

C'est un peu aller au culot?

Ce n'est pas le mot, c'est aller au bout de ses envies. Je ne force rien, c'est lui qui m'a ouvert la porte. Je les pousse tout le temps, il y en a qui s'ouvrent et d'autres pas. Celle de Jean-Louis Aubert ne s'est jamais ouverte. Je n'ai aucun complexe par rapport au culot.

Cet album parle de la mort, du temps qui passe aussi. La peur de mourir vous tenaille?

Depuis tout petit... et tout le temps. Au début cela me handicapait parce que je ne le gérais pas. Maintenant c'est devenu une peur positive qui me pousse à aller de l'avant, vers ce que j'aime, à aller chanter partout, qui me conduit à ce que tous les instants soient différents des autres. Cela me pousse à l'étonnement. Ce disque parle de la mort, et beaucoup de la vie. J'ai peur de passer à côté de quelque chose, de passer à côté de ma vie.

26 mars 2009 -
DIDIER CHAMMARTIN

 
     
© David Prêtre / STRATES